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"NAVIGARE NECESSE EST"

Vous saurez tout sur Britannicus !

Objet d'étude en Terminale Latin : Ecrire l'histoire.
" Néron, naissance d'un monstre: la mort de Britannicus".

Remontons le temps en lisant pour commencer la seconde préface de Racine à sa tragédie "Britannicus" datant de 1676 . On y lit : " A la vérité j'avais travaillé sur des modèles qui m'avaient extrêmement soutenu dans la peinture que je voulais faire de la cour d'Agrippine et de Néron. J'avais copié mes personnages d'après le plus grand peintre de l'Antiquité, je veux dire d'après Tacite, et j' étais alors si rempli de la lecture de cet excellent historien, qu'il n'y a presque pas un trait éclatant dans ma tragédie dont il ne m'ait donné l'idée."

Entrons alors dans la lecture de Tacite, la même que Racine a faite avant nous...

Textes retenus : Tacite, in Annales, livre XIII, paragraphes 15, 16 et 17 sur la mort du jeune prince à la cour de Néron, écrit en 106 .

Après avoir traduit et commenté ces trois paragraphes, comparons son écriture de l'histoire avec celle de Suétone, sur le même motif, in "Vie des douze Césars" / " Néron", XXXIII, 3-7, en 113.

Revenons enfin au texte de Racine avec un extrait de la relation par Burrhus à Agrippine de la mort de Britannicus, Acte V, scène 5 ( 1669).

Documents de travail :
1- Seconde préface de Britannicus, Racine : voir texte intégral sur le lien : de "in libro veritas":

http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre394-page10.html#page

2- Extrait de la pièce, V, 5 : lien sur le même site : http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre394-page109.html#page
Poursuivez cette lecture avec la scène suivante, V,6 : http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre394-page111.html#page

3- Tacite : Paragraphes 15-17 : texte français:

Essai d'empoisonnement sur Britannicus

XV. Néron, alarmé de ces fureurs, et voyant Britannicus près d'achever sa quatorzième année, rappelait tour à tour à son esprit et les emportements de sa mère, et le caractère du jeune homme, que venait de révéler un indice léger, sans doute, mais qui avait vivement intéressé en sa faveur. Pendant les fêtes de Saturne, les deux frères jouaient avec des jeunes gens de leur âge, et, dans un de ces jeux, on tirait au sort la royauté ; elle échut à Néron. Celui-ci, prés avoir fait aux autres des commandements dont ils pouvaient s'acquitter sans rougir, ordonne à Britannicus de se lever, de s'avancer et de chanter quelque chose. Il comptait faire rire aux dépens d'un enfant étranger aux réunions les plus sobres, et plus encore aux orgies de l'ivresse. Britannicus, sans se déconcerter, chanta des vers dont le sens rappelait qu'il avait été précipité du rang suprême et du trône paternel. On s'attendrit, et l'émotion fut d'autant plus visible que la nuit et la licence avaient banni la feinte. Néron comprit cette censure, et sa haine redoubla. Agrippine par ses menaces en hâta les effets. Nul crime dont on pût accuser Britannicus, et Néron n'osait publiquement commander le meurtre d'un frère : il résolut de frapper en secret, et fit préparer du poison. L'agent qu'il choisit fut Julius Pollio, tribun d'une cohorte prétorienne, qui avait sous sa garde Locuste, condamnée pour empoisonnement, et fameuse par beaucoup de forfaits. Dés longtemps on avait eu soin de ne placer auprès de Britannicus que des hommes pour qui rien ne fût sacré : un premier breuvage lui fut donné par ses gouverneurs trop faible, soit qu'on l'eût mitigé, pour qu'il ne tuât pas sur-le-champ. Néron, qui ne pouvait souffrir cette lenteur dans le crime, menace le tribun, ordonne le supplice de l'empoisonneuse, se plaignant, que, pour prévenir de vaines rumeurs et se ménager une apologie, ils retardaient sa sécurité. Ils lui promirent alors un venin qui tuerait aussi vite que le fer : il fut distillé auprès de la chambre du prince, et composé de poisons d'une violence éprouvée. 

Le seconde fois est toujours la bonne

XVI. C'était l'usage que les fils des princes mangeassent assis avec les autres nobles de leur âge, sous les yeux de leurs parents, à une table séparée et plus frugale. Britannicus était à l'une de ces tables. Comme il ne mangeait ou ne buvait rien qui n'eût été goûté par un esclave de confiance, et qu'on ne voulait ni manquer à cette coutume, ni déceler le crime par deux morts à la fois, voici la ruse qu'on imagina. Un breuvage encore innocent, et goûté par l'esclave, fut servi à Britannicus ; mais la liqueur était trop chaude, et il ne put la boire. Avec l'eau dont on la rafraîchit, on y versa le poison, qui circula si rapidement dans ses veines qu'il lui ravit en même temps la parole et la vie. Tout se trouble autour de lui : les moins prudents s'enfuient ; ceux dont la vue pénètre plus avant demeurent immobiles, les yeux attachés sur Néron. Le prince, toujours penché sur son lit et feignant de ne rien savoir, dit que c'était un événement ordinaire, causé par l'épilepsie dont Britannicus était attaqué depuis l'enfance ; que peu à peu la vue et le sentiment lui reviendraient. Pour Agrippine, elle composait inutilement son visage : la frayeur et le trouble de son âme éclatèrent si visiblement qu'on la jugea aussi étrangère à ce crime que l'était Octavie, sueur de Britannicus : et en effet, elle voyait dans cette mort la chute de son dernier appui et l’exemple du parricide. Octavie aussi, dans un âge si jeune, avait appris à cacher sa douleur, sa tendresse, tous les mouvements de son âme. Ainsi, après un moment de silence, la gaieté du festin recommença. 

Funérailles de Britannicus

XVII. La même nuit vit périr Britannicus et allumer son bûcher. L'apprêt des funérailles était fait d'avance ; elles furent simples : toutefois ses restes furent ensevelis au Champ-de-Mars ; il tombait une pluie si violente, que le peuple y vit un signe de la colère des dieux contre un forfait que bien des hommes ne laissaient pas d'excuser, en se rappelant l'histoire des haines fraternelles et en songeant qu'un trône ne se partage pas. Presque tous les écrivains de ce temps rapportent que, les derniers jours avant l'empoisonnement, Néron déshonora par de fréquents outrages l'enfance de Britannicus. Ainsi, quoique frappé à la table sacrée du festin, sous les yeux de son ennemi, et si rapidement qu'il ne put même recevoir les embrassements d'une soeur, on ne trouve plus sa mort ni prématurée, ni cruelle, quand on voit l'impureté souiller, avant le poison, ce reste infortuné du sang des Claudius. Néron excusa par un édit la précipitation des obsèques. "C'était, disait-il, la coutume de nos ancêtres, de soustraire aux yeux les funérailles du jeune âge, sans en prolonger l'amertume par une pompe et des éloges funèbres. Quant à lui, privé de l'appui d'un frère, il n'avait plus d'espérance que dans la république ; nouveau motif pour le sénat et le peuple d'entourer de leur bienveillance un prince qui restait seul d'une famille née pour le rang suprême." Ensuite il combla de largesses les principaux de ses amis.

Texte latin :
[13,15] Turbatus his Nero et propinquo die, quo quartum decimum aetatis annum Britannicus explebat, uolutare secum modo matris uiolentiam, modo ipsius indolem, leui quidem experimento nuper cognitam, quo tamen fauorem late quaesiuisset. festis Saturno diebus inter alia aequalium ludicra regnum lusu sortientium euenerat ea sors Neroni. igitur ceteris diuersa nec ruborem adlatura: ubi Britannico iussit exsurgeret progressusque in medium cantum aliquem inciperet, inrisum ex eo sperans pueri sobrios quoque conuictus, nedum temulentos ignorantis, ille constanter exorsus est carmen, quo euolutum eum sede patria rebusque summis significabatur. unde orta miseratio, manifestior quia dissimulationem nox et lasciuia exemerat. Nero intellecta inuidia odium intendit; urgentibusque Agrippinae minis, quia nullum crimen neque iubere caedem fratris palam audebat, occulta molitur pararique uenenum iubet, ministro Pollione Iulio praetoriae cohortis tribuno, cuius cura attinebatur damnata ueneficii nomine Locusta, multa scelerum fama. nam ut proximus quisque Britannico neque fas neque fidem pensi haberet, olim prouisum erat. primum uenenum ab ipsis educatoribus accepit, tramisitque exsoluta aluo parum ualidum, siue temperamentum inerat, ne statim saeuiret. sed Nero lenti sceleris impatiens minitari tribuno, iubere supplicium ueneficae, quod, dum rumorem respiciunt, dum parant defensiones, securitatem morarentur. promittentibus dein tam praecipitem necem, quam si ferro urgeretur, cubiculum Caesaris iuxta decoquitur uirus cognitis antea uenenis rapidum.

[13,16] Mos habebatur principum liberos cum ceteris idem aetatis nobilibus sedentes uesci in adspectu propinquorum propria et parciore mensa. illic epulante Britannico, quia cibos potusque eius delectus ex ministris gustu explorabat, ne omitteretur institutum aut utriusque morte proderetur scelus, talis dolus repertus est. innoxia adhuc ac praecalida et libata gustu potio traditur Britannico; dein, postquam feruore aspernabatur, frigida in aqua adfunditur uenenum, quod ita cunctos eius artus peruasit, ut uox pariter et spiritus eius raperentur. trepidatur a circumsedentibus, diffugiunt imprudentes: at quibus altior intellectus, resistunt defixi et Neronem intuentes. ille ut erat reclinis et nescio similis, solitum ita ait per comitialem morbum, quo prima ab infantia adflictaretur Britannicus, et redituros paulatim uisus sensusque. at Agrippinae is pauor, ea consternatio mentis, quamuis uultu premeretur, emicuit, ut perinde ignaram fuisse quam Octauiam sororem Britannici constiterit: quippe sibi supremum auxilium ereptum et parricidii exemplum intellegebat. Octauia quoque, quamuis rudibus annis, dolorem caritatem omnes adfectus abscondere didicerat. ita post breue silentium repetita conuiuii laetitia.

[13,17] Nox eadem necem Britannici et rogum coniunxit, prouiso ante funebri paratu, qui modicus fuit. in campo tamen Martis sepultus est, adeo turbidis imbribus, ut uulgus iram deum portendi crediderit aduersus facinus, cui plerique etiam hominum ignoscebant, antiquas fratrum discordias et insociabile regnum aestimantes. tradunt plerique eorum temporum scriptores crebris ante exitium diebus inlusum isse pueritiae Britannici Neronem, ut iam non praematura neque saeua mors uideri queat, quamuis inter sacra mensae, ne tempore quidem ad complexum sororum dato, ante oculos inimici properata sit in illum supremum Claudiorum sanguinem stupro prius quam ueneno pollutum. festinationem exsequiarum edicto Caesar defendit, id a maioribus institutum referens, subtrahere oculis acerba funera neque laudationibus aut pompa detinere. ceterum et sibi amisso fratris auxilio reliquas spes in re publica sitas, et tanto magis fouendum patribus populoque principem, qui unus superesset .



Suétone : Vie de Douze Césars / Néron.
Texte franco-latin sur ce lien, ainsi que la totalité du livre "Néron".
http://bcs.fltr.ucl.ac.be/suet/NERO/33.htm

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