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"NAVIGARE NECESSE EST"

Suétone,Néron, texte 1 et 2. Commentaires

Rédigé par Glaukopis Athéna

Pistes de commentaire pour le texte 1: Origines de Néron (VI, 1)

 

Généalogie paternelle

 

Axe 1: Les éléments généalogiques en place

       A- L'arbre généalogique: vérité "historique"

- "duae familiae" : les branches de l'arbre

"ex gente": le tronc.

- "Gente Domitiae": les Domitii

' "Calvinorum et Aenobarbum": rétrécissement sur la blanche des Ahenobarbi. (Objet de l'étude de Suétone ici)

 

      B- La branche des Ahenobarbi:

- dès la 2° phrase, le surnom ( cognomen) transmis dans la lignée en même temps que le nom (nomen).

Le cognomen est la marque de l'ancienneté du clan (noblesse)

- le cognomen à partir de L. Domitius = Aenobarbus (Barbe rousse): il s'agit d'un trait physique (cf. Cicero = pois chiche pour une verrue initiale !) On note ici que ce trait (cheveux et barbe roux) est héréditaire.

-la branche est marquée par l’alternance de 2 prénoms: Lucius et Gnaeus.

Explication détaillée de Suétone dans un développement de 10 lignes à la fin du texte retenu.

Donc fusion dans le même surnom  comme fondus dans la même description physique AENOBARBI à la barbe d’airain, sauf Néron.

 

Axe II: Une lignée légendaire:

     A - Anecdote originelle : acquisition du cognomen par L. Domitius.

-Elle rejoint la fabula : comme un oracle. Noter la formulation classique chez les historiographes latins pour séparer le vrai du faux, ou du moins de la vox populi: « traduntur »  + subordination cf. le « quondam » des contes (il était une fois)

- le motif de la rencontre fortuite et le thème de la route «  revertenti juvenes gemini » (Castor et Pollux), cf. les carrefours antiques.

- rencontre sous le signe du merveilleux, du fabuleux : la beauté extraordinaire des jeunes gens est un signe divin; Les Dioscures non nommés, sont « augustiore forma ».

- un oracle : une parole au discours indirect «  nuntiaret », un ordre: « ex occursu imperasse » et une annonce prophétique : « de qua incertum adhuc erat »: victoriam, celui d’une victoire (sur les Latins, au début du V° siècle avant JC)

- un miracle : la métamorphose (barbe noire changée en barbe d’airain): «  e nigro rutilum aerique similem capillum redderent »: la métamorphose est soulignée par le rapprochement dans l’énoncé, des deux termes: nigro / rutilum.

Il est à noter que la barbe d’airain est un attribut guerrier ( aenus: de bronze)

Le cognomen des Ahenobarbi est d’autant plus prestigieux qu’il est d’origine légendaire.

 

Axe III: inscription de Néron dans la lignée : vice et vertu.

           A- un portrait:

La dernière phrase du paragraphe précise l’inscription de Néron dans cette lignée. Suétone justifie cette présentation des ascendants pour préciser son portrait: «  quo facilius appareat ita degenescere et suorum virtutibus Nero, ut tamen vitia cujusque quasi tradita et ingenita rettulerit ».

Noter la complexité de la phrase  qui fait la part belle au vice chez Néron: portrait négatif annoncé par l’implicite de la dégénérescence «  degenescere » or si Claude était dégénéré physiquement, Néron l’est moralement (perversité).

Plus grave encore dans la formulation : ce sont les vertus de ses ancêtres qui ont dégénéré en vices chez lui : il a donc perverti les qualités de sa généalogie.

 Les Vitia de ses ancêtres sont devenus héréditaires: idée de tare «  ingenita », comme dans le sang ! (Tacite a élaboré le portrait de Néron en « monstre » dans ses Annales.

 

       B- La dégénérescence : dans la construction de la narration.

 

1- A l’origine : vertu et aura légendaire du premier Ahénobarbus : chapitre 1 / L. Domitius

+ Le trisaïeul Cn. Domitius au ch.2, sous César et Pompée : portrait positif en accord avec la « virtus ».

+ Son fils sous Marc-Antoine, ch.3 : portrait positif ( virtus)

 

2- A partir du ch.4 : désescalade vers les « vitia » : son petit-fils Domitius, sous Auguste : les ancêtres loyaux et stratèges  laissent la place à cet adepte des courses de char et des jeux du cirque, d’une grande cruauté.

+ Son arrière -petit-fils, père de Néron : portrait très négatif.

 

Ainsi Suétone explique-t-il  la « degenerata », dégénérescence des vertus déjà amorcée dans la lignée dont l’aboutissement en Néron.

 

CCL : Enjeux de ce texte : portrait de Néron sur la thématique de son arbre généalogique paternel.

 

Pistes de commentaire pour le texte 2: "Naissance de Néron"

    ( VI-6)      / intégration du texte 3 .

Axe I: Une relation qui s'appuie sur

          A- des faits concrets  connus de l'Histoire:

                  1- Dates et contexte." Nero natus est Anti post VIIII. mensem quam Tibérius excessit" ( naissance de Néron datée par rapport à la mort de Tibère)

" XVIII. kal. Ian." date : le dix-huitième jour avant les calendes de Janvier , soit le 15 décembre 38.

Âge de Néron orphelin : " Trimulus patrem amisit" à 3 ans donc.

                  2- Noms célèbres de la sphère familiale et publique / enjeux ( "Agrippina", sa mère, "Domitii" ( Ahenobarbus) son père, "C. Caesar" ( Caligula) son oncle maternel " sorore", "Claudium" l' oncle de Caligula ( "patruum suum"),"Crispi Passieni", beau-père de Néron " vitrici sui". 

Les relations entre les membres de la  famille impériale sont tissées dans la concision du texte de Suétone,qui opère un va-et-vient dans le temps (Claude adoptera Néron plus tard, Agrippine aura un deuxième époux, Crispus  Passienus, la tante Lepida ( plus tard Messaline et Britannicus)

Ce traitement diachronique du temps listant les faits marquants connus de l'Histoire, tout en suggérant des caractères: ironie de caligula, ridicule de Claude, manigances d'Agrippine, et annonce les destins ( argent et héritage, relégation d'Agrippine) se veut prémonitoire.

                   3- des étapes malgré tout dans l'optique de la biographie: "Néro natus est" ( naissance) / choix du nom "ut infanti quod vellet nomen daret" / perte du père "trimulus patrem amisit" / Néron déshérité enfant par Caligula/ éducation aux soins de sa tante Lepide au moment de la relégation d'Agrippine / recouvrement de sa fortune et rétablissement de sa mère dans ses droits + héritage de son beau-père.

 

        B- Des anecdotes:  subjectivité de l'historiographe :

    L'anecdote du choix du nom de Néron: plaisanterie de caligula, et rejet du nom de Claude par Agrippine: illustration de son destin néfaste.

Cette narration occupe 7 lignes, avec insertion de discours directs ( "varietas" du style, véracité ).

      L'anecdote du bracelet serpentiforme ( texte 3)


Axe II : Une naissance maudite sous le signe d'oracles prémonitoires

 

         A - les signes:

 

   1- horoscope : premier rayon solaire du jour frappe l'enfant ( cf. ascendant dans le signe astral)

"tantum quod exoriente sole..."

   2- des prédictions effrayantes :

- " multa et formidolosa multis cojectantibus praesagio fuit" ( anaphote de multa  / multis : dramatisation + lexique fantastique ( effroi).

- Les paroles du père comme oracle ( comme les fées maléfiques des contes sur le berceau de l'enfant), la "patris vox" contient une malédiction "negantis ...quicquam ex se et Agrippina nisi detestabile et malo publiconasci potuisse": enfant né d'un couple maudit, maudit lui même " detestabile" + déshumanisation " quicquam" de l'indéfini pour caractériser l'enfant .

   3- le bracelet serpentiforme: symbolique du serpent.

 

      B- Ambiguité des interprétations:

  1- Néron personnalité solaire en positif et en négatif.

  2- le barcelet : porte -bonheur ou "porte-malheur"?

 

CCL : Un portrait précisé ici, ambigu dans le traitement qui croise Histoire sur la base de faits réels et fantasme dans l'interprétation de signes. Néron porte en lui une malédiction extérieure à lui ( horoscope) et interne aux intrigues et haines du palais impérial. Objectivité et subjectivité dans la démarche de Suétone.

 



 

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