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"NAVIGARE NECESSE EST"

Art d'Aimer exposés: Ariane et Bacchus.

 

ARIANE et BACCHUS

 

  

 

 

 

    Ovide est un auteur latin contemporain de l’empereur Auguste. Il a écrit notamment Les Métamorphoses, ouvrage dans lequel il réinvesti la mythologie grecque et latine. C’est ce qu’il fait également dans son traité L’Art d’aimer, livres dans lesquels il donne des conseils aux amoureux inexpérimentés. Ici, nous ne nous intéresserons pas en tout premier lieu à l’enseignement qu’il prodigue mais à un côté plus oublié de son œuvre, que sont les nombreuses références mythologiques. Si Ovide s’intéresse tant à la mythologie ici, c’est surtout parce qu’il s’adresse à une élite romaine férue de ces légendes et ainsi capable de les comprendre et d’interpréter la réappropriation qu’en fait Ovide.

Si nous avons choisi le mythe d’Ariane et Bacchus, c’est parce que c’est un mythe quasiment méconnu de nos jours, étant seulement la seconde partie du mythe d’Ariane et Thésée. En effet, le public s’est essentiellement intéressé au destin de Thésée après qu’il ait quitté l’île plutôt qu’à celui d’Ariane. Nous voulions découvrir ce qu’il en était de son histoire.

 

 

I. LE MYTHE D’ARIANE ET BACCHUS :

 

                A) Les personnages

 

Ariane, princesse de Naxos et parente avec le Minotaure, fait partie de la maison royale de Thèbes, descendants de Jupiter. Bacchus était le fils de Jupiter et de Sémélé. C’est le dieu du vin, de la fête, de l’excès, mais aussi de la nuit (« nyctelium patrem » Livre I, vers 565).

 


Arbre généalogique montrant la relation entre le dieu Bacchus et Ariane

 

 

 


                B) le mythe lui-même

 

     Il existe diverses versions du mythe liant Ariane et Bacchus. Cependant, toutes commencent de la même façon. Thésée, prince athénien, a décidé de se rendre sur l’île de Naxos afin de tuer le Minotaure. Le Minotaure vivait dans un labyrinthe et c’est pourquoi il était quasiment impossible, pour quiconque arrivait à le tuer, de s’en sortir. Heureusement pour lui, Thésée rencontra la belle Ariane, princesse de ces lieux. Ariane tomba amoureuse de Thésée, et décida de l’aider en échange de la promesse qu’il l’épouserait dès le succès de sa mission… Alors, elle lui confia l’extrémité d’un fil qu’elle tiendrait à l’autre bout. Le fil se déviderait au fur et à mesure que Thésée s’enfoncerait dans les profondeurs du labyrinthe. Ainsi il n’aurait qu’à le rembobiner  afin de retrouver son chemin pour ressortir.  Grâce  à cette stratégie, Thésée, qui réussit à vaincre le minotaure, put sortir de ce piège aisément et par là à réaliser sa mission. Cependant, si cette partie de l’histoire reste la même dans toutes les versions, c’est à partir d’ici qu’elles divergent. Nous pouvons en relever trois majeures.

 

     La première, celle d’Hésiode, dit que Thésée et Ariane s’enfuirent de l’île ensemble et décidèrent de s’arrêter pour la nuit sur l’île de Dia. C’est à ce moment-là qu’Ariane eut un songe dans lequel Bacchus lui demandait de ne pas suivre Thésée car lui-même avait pour dessein de l’épouser. Ainsi, le lendemain matin, lorsque Thésée voulut reprendre la mer, Ariane refusa de le suivre et resta sur l’île pour attendre l’arrivée du dieu.


Carte de la Grèce Antique montrant le chemin parcouru par Thésée

 

      La seconde version raconte que lorsque Thésée sortit du labyrinthe, une violente tempête s’abattit sur l’île de Naxos. Thésée se retrouva alors confronté à un dilemme. Soit il restait avec Ariane et menait son équipage à sa perte, soit il montait immédiatement à bord laissant Ariane sur le rivage. C’est la seconde option qu’il choisit malgré son immense chagrin. Ariane se retrouva alors seule sur l’île et malgré ses sanglots, finit par s’endormir. Lorsqu’elle se réveilla, elle à ses côtés découvrit Bacchus, qui la consola.

 

     La dernière version, celle retenue par Ovide dans son Art d’aimer, nous raconte que Thésée, « perfidus ille abiit » (Livre I, vers 534) décida lâchement de ne pas tenir sa parole et s’enfuit une fois sa mission accomplie. Ariane s’effondra alors littéralement de chagrin. Peu de temps après, Bacchus arriva sur l’île entouré de sa troupe de bacchantes et de satyres. Il releva alors la sublime Ariane de son chagrin et l’enleva afin de l’épouser. Ariane et Bacchus se marièrent par la suite. Ce jour-là, la belle était coiffée d’une couronne d’étoiles. On dit qu’à la mort d’Ariane, Bacchus décida d’envoyer la couronne dans le ciel afin d’offrir l’éternité à sa bien-aimée. Ariane et Bacchus eurent six enfants : Oenopion, Thoas, Staphylos, Latromis, Euanthis et Tauropolos.


Constellation de la couronne d'Ariane, aussi appelée couronne Boréale

 

 

 

 

 

 


Carte de la Grèce antique représentant le parcours de Thésée

II. LE TRAITEMENT DU MYTHE PAR OVIDE :

 

                A) Un mythe vu d’une façon originale

 

     Nous pouvons aisément dire qu’Ovide réemploie le mythe d’Ariane et Bacchus d’une façon très personnelle. D’ailleurs, plusieurs points nous permettent d’affirmer cela.

     Tout d’abord, si nous nous appuyons sur le personnage d’Ariane, nous pouvons remarquer qu’elle n’est pas du tout présentée de manière pathétique. En effet, Ovide ne décrit la détresse d’Ariane que très brièvement. Ainsi, pour exprimer son chagrin, elle ne nous dit que : « perfidus ille abiit ; quid mihi fiet ? Quid mihi fiet ? » (vers 534-535). Nous pouvons donc constater que le discours d’Ariane face à la trahison de Thésée est extrêmement minimaliste. Or si nous observons les discours tenus par les héroïnes des mythes dans de telles situations, nous pouvons remarquer qu’ils sont en général très longs et très développés afin de mettre en valeur l’horreur de l’abandon de l’aimée et sa détresse. De tels discours nous font alors ressentir une compassion profonde pour la jeune fille. Par suite, ici, Ovide ne souhaite pas mettre en relief le malheur d’Ariane, mais plutôt se focaliser sur la naissance de son histoire d’amour avec Bacchus.

     Par ailleurs, le second point qui nous permet de dire qu’Ovide s’est approprié ce mythe est justement la manière dont Bacchus est introduit. En effet, nous pouvons tout d’abord remarquer que l’arrivée de Bacchus est éclatante. Tout d’abord, son entrée se fait en fanfare comme le suggère « Litore, et adtonita tympana pulsa manu. » (vers 536) et le champ lexical de la grandeur qui lui est associé. De plus, nous pouvons observer que le Dieu se fait attendre. En effet,  Ovide énumère tous les membres de sa troupe avant d’en arriver à lui : «Ecce mimallonides » (vers 539), «Ecce leves satyri » (vers 540), «Ecce Silenus » (vers 541), et « Dum sequitur Bacchas » (vers 543) pour enfin en arriver à « Iam deus in curru » (vers 547), soit un total de huit vers avant d’en arriver réellement à celui que nous attendons et qu’Ariane attend également. D’ailleurs dès qu’elle l’aperçoit sur son char, majestueux, elle tombe immédiatement amoureuse de lui : « et color et Theseus et vox abiere » (vers 549). Ainsi, par ces différentes originalités, Ovide nous offre une toute nouvelle approche de ce mythe. Mais dans quel but ?

 

 

                B) En quoi ce mythe aide-t-il dans le raisonnement d’Ovide ?

 

     Si Ovide se sert de ce mythe, c’est dans le but d’appuyer son raisonnement. En effet, nous sommes ici dans le Livre I, c’est-à-dire que le « vati perito » est en train d’expliquer aux hommes comment séduire les femmes, et spécialement, dans ce passage, lors des banquets. Or nous savons que Bacchus est le dieu du vin. Ainsi, il est bien celui qu’il est préférable d’invoquer dans de telles situations. Dans cet extrait, Ovide nous explique qu’il est recommandé de faire légèrement boire la belle tout en restant sobre. Par suite, l’amant pourrait garder les idées claires et mettre en œuvre mille et une petites attentions que la jeune fille, légèrement planante, se représentera comme rien que pour elle. Nous pouvons le voir grâce aux vers « Hic tibi multa licet sermone latentia tecto dicere, quaedici sentiat illa sibi. » (567-568).

     Nous pouvons alors penser que si Ovide a décidé de nous raconter le mythe d’Ariane et Bacchus, c’est aussi parce que leur rencontre semble présenter quelque chose de similaire. En effet, nous pouvons remarquer qu’Ariane, avant de voir Bacchus, était extrêmement triste et tout simplement terrorisée par l’agitation de sa troupe. Cependant, dès qu’elle aperçoit le dieu resplendissant, tous ses soucis s’envolent, comme par magie, comme si la présence du dieu était à la fois apaisante et perturbante, comme si elle lui faisait tourner la tête. Ariane semble donc complètement enivrée par le superbe dieu. Cette sensation est bien évidemment parallèle à celle provoquée par le vin lors de festivités romaines.

 

 

                Chaque mythe semble parfaitement adapté à la situation dans laquelle Ovide l’utilise. Et le mythe d’Ariane et Bacchus ne fait pas exception à la règle. A la fois original et inattendu, il trouve parfaitement sa place dans le raisonnement de l’auteur. Cette partie du récit, qu’il semblerait que seulement peu d’auteurs aient valorisée, Ovide a réussi à la réinvestir, et ce tout en lui donnant à la fois un côté rassurant, en ce qui concerne Ariane, et parfait tant les deux personnages semblent fait l’un pour l’autre.  Et même aujourd’hui, ce mythe n’a pas perdu de sa saveur.

 

 

SOURCES :

Textes :

Mythes de la Grèce Antique, collection les grands classiques de tous les temps, éditions Gründ

La Mythologie d’Edith Hamilton, éditions Marabout

L’Art d’aimer d’Ovide

fleche.org/lutece/mitho/dionysos.html

www.ac-nancy-metz.fr

Images:

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/f/fb/Gr%c3%a8ce-antique.jpg  (carte)

http://astrogillou.fr/constellations/couronne-bor-ale-sblur-10-10.jpg  (couronne Boréale)

http://donbarone.selfip.net/Poussin%20Paintings/Poussin%20WW/Bacchanale%20  (tableau)

http://www.bluetravelguide.com/photosBTG/00/00/10/23/ME0000102376_3.jpg  (statue)

 

 

 

 

 

Nicolas Poussin

Bacchanale (Bacchus et Ariane)

Huile sur toile

122 x 169 cm

1625-1626

Madrid, Musée du Prado

 

 

     Nous avons choisi ce tableau pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il est vraiment représentatif de la version proposée par Ovide. En effet, nous pouvons observer la troupe décrite par l'auteur entourant le dieu. Les Bacchantes se trouvent sur le côté et on peut remarquer quelques satyres à l'avant. Bacchus est bien sur son char, comme dans l'œuvre d'Ovide. Quant à Ariane, elle semble totalement subjuguée par la présence du Dieu. Elle ne regarde que lui et semble avoir oublié sa tristesse et Thésée.

     De plus, ce tableau est à lui seul une synthèse de tout le mythe qui lie Ariane et Bacchus. Ainsi, nous pouvons remarquer à l'arrière-plan des couleurs froides, sombres, des lieux déserts et escarpés. Cette partie du tableau symbolise la tristesse d'Ariane, son désespoir. Mais maintenant que Bacchus est arrivé, cet état n'est plus et c'est pourquoi il est oublié, relégué à l'arrière-plan. Le nuage lumineux tout au fond de ce tableau, repoussant la tristesse des couleurs froides, permet de faire la transition dans les différents sentiments qui traversent Ariane. Ainsi, comme la lumière du nuage repousse l'obscurité, le malheur de la princesse est repoussé par l'arrivée du dieu et de l'amour véritable. Pour nous décrire ce nouvel état dans lequel se trouve Ariane, Poussin a mis au premier plan les couleurs chaudes et lumineuses. Cela nous permet de ressentir la situation de bonheur dans laquelle la princesse se trouve à présent. En même temps, ces couleurs et cette agitation nous permettent de comprendre que c'est bien le dieu Bacchus qui se trouve ici, lui qui est le dieu des festivités et donc de l'animation.

     Enfin, nous pouvons également observer le parfait amour s'instaurant entre Ariane et Bacchus grâce à la présence du jeune Cupidon, survolant la scène.

 

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