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"NAVIGARE NECESSE EST"

Didon ou Elyssa ?

14 Février 2009 , Rédigé par athéna


 


Princesse de Tyr, fondatrice de Carthage. De nombreux textes anciens attribuent la fondation de Carthage à Didon, également appelée Elissa ; sœur du roi de Tyr Pygmalion, elle quitte la Phénicie après le meurtre de son mari perpétré par son frère, relâche à Chypre, où elle recrute de nouveaux colons, conduits par le grand prêtre, arrive en Afrique, où elle obtient des autochtones la concession d'une terre. Mais le chef libyen qui l'a accueillie ne tarde pas à exiger de l'épouser ; plutôt que de consentir à cette union, Didon, au cours d'un sacrifice, se jette sur un bûcher et se donne la mort d'un coup de poignard.
Cette tradition paraît avoir été constituée pour l'essentiel dès le ~ IVe siècle et nous est révélée sous sa forme la plus complète par Justin, qui abrégea au IIe siècle l'Histoire universelle du Gaulois romanisé Trogue Pompée, contemporain de César. Elle semble amalgamer sous une forme romancée des éléments très divers ; il n'est nullement exclu qu'elle contienne un élément historique, emprunté aux chroniques royales de Tyr ; les cités phéniciennes étaient agitées par de fréquents troubles politiques, et la fuite d'un parti conduit par un des membres de la dynastie n'aurait rien d'invraisemblable. La date exacte de l'événement pose un problème difficile à résoudre.
À ces données historiques s'ajoutèrent, semble-t-il, des mythes «étiologiques», c'est-à-dire destinés à justifier des pratiques religieuses étranges ou choquantes. Les Carthaginois étaient fâcheusement célèbres pour leurs sacrifices de jeunes enfants. Or ceux-ci semblent dériver des autosacrifices que les rois phéniciens étaient obligés de pratiquer dans certaines circonstances graves. On racontait probablement que Didon avait été contrainte de se sacrifier elle-même pour assurer la prospérité de sa fondation. Le lieu de ce sacrifice, qui était en même temps celui du culte de la reine, paraît avoir coïncidé avec le «tophet» où l'on immolait les enfants. Ce sont les prêtres du tophet qui durent élaborer la première forme du mythe que quelque écrivain grec transforma plus tard en roman dans le goût hellénistique. Dans L'Énéide , Virgile a utilisé à sa manière le personnage légendaire de Didon : reine de Carthage, celle-ci s'éprend d'Énée, contraint par la tempête d'aborder sur le rivage africain ; elle se suicide, désespérée, lorsque Énée l'abandonne sur l'ordre de Jupiter.


JUSTIN / Histoire livre XVIII, 6.

 

 

Giovanni Boccacio [Boccace] (1313 - 1373), De mulieribus claris (traduction anonyme : Des claires et nobles femmes)
S'ensuit l'istoire de Dido aultrement appellee Elisse laquelle fut royne des ayeulx de Cartaige
Didon
Cognac, XVe siècle
Bibliothèque Nationale de France, Manuscrits occidentaux français 599 fol. 36

Texte français :

 

Les Tyriens, établis de cette manière sous les auspices d'Alexandre prospérèrent rapidement par l'économie et le travail.

Lorsque, avant le massacre des maîtres, ils abondaient en richesse et en nombre, ils fondèrent Utique avec des jeunes gens qu'ils avaient envoyés en Afrique
.

Entre temps, le roi mourut à Tyr, après avoir institué comme héritiers son fils Pygmalion et sa fille Élissa, une vierge d'une remarquable beauté.  Mais le peuple remit le pouvoir royal à Pygmalion, un enfant encore.  Quant à Élissa, elle épousa son oncle maternel Acherbas, le prêtre d'Hercule qui était le second en dignité après le roi.  Il avait de grandes richesses mais elles étaient cachées et, par crainte du roi, il avait confié son or à la terre, et non à des toits ; et cela, même si les hommes l'ignoraient, le bruit en courait cependant. Excité par cela, Pygmalion, ayant oublié le droit humain, tue son oncle qui était aussi son beau-frère
sans respect des obligations familiales.

 Élissa, s'étant longtemps détournée de son frère à cause du crime, ayant à la fin dissimulée sa haine et composé pendant ce temps son visage, prépare sa fuite sans rien dire, s'étant associée des princes dont elle pensait qu'ils avaient la même haine pour le roi et le même désir de fuite. Alors, elle cherche, avec ruse, à circonvenir son frère ; elle feint de vouloir venir s'installer auprès de lui, afin que la maison de son époux ne lui ravive la dure image du deuil, à elle qui est désireuse d'oubli, et afin qu'un amer rappel ne lui vienne plus devant les yeux.  Pygmalion écoute sans déplaisir les paroles de sa sœur, estimant qu'avec elle, viendra aussi l'or d'Acherbas. Mais, au crépuscule, Élissa place sur des navires les hommes chargés par le roi de son transport, avec toutes ses richesses, et arrivée au large, elle les oblige à jeter à la mer des fardeaux — de sable, à la place de l'argent — enveloppés dans des bâches.  Alors, en pleurs, elle appelle Acherbas d'une voix funèbre ; elle le prie de recevoir de bon gré ses richesses qu'il avait abandonnées et de les avoir comme sacrifice à ses mânes, elles qui avaient été la cause de sa mort
.

 Alors, elle va trouver les hommes du roi eux-mêmes ; une mort, jadis souhaitée, la menaçait, certes, mais pour eux, qui avaient soustrait à la cupidité du tyran les richesses d'Acherbas, richesses pour lesquelles le roi avait commis un parricide, c'était d'amères tortures et de cruels supplices qui les menaçaient. 
Une fois cette peur jetée en eux tous, elle les prend comme compagnons de sa fuite. Il s'y joint aussi les colonnes de sénateurs préparées pour cette nuit, et après avoir été chercher les objets sacrés d'Hercule, dont le prêtre avait été Acherbas, ils cherchent un lieu pour leur exil.

Ils touchèrent terre en premier à l'île de Chypre, où le prêtre de Jupiter, avec son épouse et ses enfants, s'offre à Élissa, sur l'ordre du dieu, comme compagnon et associé à sa fortune, après avoir négocié pour lui et sa descendance la dignité perpétuelle de la prêtrise du dieu. La clause fut acceptée comme un présage évident.

 Il était de coutume à Chypre d'envoyer sur le rivage de la mer les vierges avant leurs noces, à dates déterminées, pour chercher dans la prostitution l'argent de leur dot ; elles acquittaient des offrandes à Vénus au nom du reste de leur pudeur.
Donc, Élissa ordonne de mettre sur les navires environ quatre-vingts vierges enlevées de cette troupe, afin que les jeunes gens puissent se marier et la ville avoir une progéniture.

Tandis que cela se passe, comme Pygmalion, ayant appris la fuite de sa sœur, s'était préparé à poursuivre la fuyarde par une guerre impie, il fut difficilement apaisé, vaincu par les prières de sa mère et les menaces des dieux ; 
comme les devins inspirés lui avaient prédit par leurs chants qu'il ne l'emporterait pas impunément s'il interrompait les développements de la ville la mieux auspiciée dans le monde entier, les fuyards eurent, de cette manière un moment pour reprendre leur souffle.

 Ainsi, Élissa, transportée dans le golfe de l'Afrique, sollicite l'amitié des habitants de cet endroit, qui se réjouissaient de l'arrivée d'étrangers et du commerce de biens d'échange ;  ensuite, ayant acheté l'emplacement qui pourrait être couvert par une peau de bœuf, sur lequel elle pourrait refaire les forces de ses compagnons, épuisés par une longue navigation, jusqu'à ce qu'elle s'en aille, elle ordonne de découper la peau en très fines lanières et, ainsi, elle s'empare d'un espace plus grand que celui qu'elle avait demandé ; de là vient que, par la suite, on donna à ce lieu le nom de Byrsa.  Ensuite, les voisins de ces lieux, qui par espoir de gain apportaient beaucoup de marchandises aux hôtes, accourant en foule et s'installant là,  il se fit par l'affluence des hommes comme une espèce de cité.  Les ambassadeurs des gens d'Utique, pour leur part, apportèrent des présents, comme à des parents, et les engagèrent à fonder une ville là où le sort avait fixé leur résidence. 
Mais les Africains se prirent d'un vif désir de retenir aussi les arrivants.

 C'est pourquoi, du consentement de tous, Carthage est fondée, après fixation d'un tribut annuel en contrepartie du sol de la ville. Dans les premières fondations, on trouva une tête de bœuf, ce qui était le présage d'une ville prospère, certes, mais laborieuse et pour toujours esclave ; à cause de cela, la ville fut transférée sur un autre emplacement,  où une tête de cheval découverte
, signifiant que le peuple serait guerrier et puissant, donna à la ville une implantation auspiciée.

 Alors, les peuples affluant selon la réputation de la nouvelle ville, en peu de temps il y eut des citoyens et une grande cité.

   Alors que les Carthaginois avaient des ressources florissantes par le succès de leurs affaires, le roi des Maxitans, Hiarbas, ayant fait venir auprès de lui dix princes puniques, demande en mariage Élissa sous peine d'une déclaration de guerre.  Les ambassadeurs craignant de rapporter cette demande à la reine agirent avec elle selon l'esprit punique : ils annoncent que le roi réclame quelqu'un qui lui enseigne, ainsi qu'aux Africains, un genre de vie plus civilisé, mais qui pourrait-on trouver qui voudrait quitter ses parents par le sang et aller chez des barbares, vivant, qui plus est, à la manière des bêtes sauvages ? Réprimandés alors par la reine de refuser une vie plus âpre pour le salut d'une patrie à laquelle était due la vie même si la situation l'exigeait, ils découvrirent les injonctions du roi, en disant que ce qu'elle ordonnait aux autres, il lui fallait elle-même l'accomplir si elle voulait veiller à la ville.  Prise par cette ruse, après avoir longtemps invoqué le nom de son époux Acherbas avec bien des larmes et un gémissement lamentable, elle répondit à la fin qu'elle irait où l'appelait son destin et celui de la ville.

Au bout d'un délai de trois mois, ayant fait dresser un bûcher funéraire dans la partie la plus élevée de la ville comme pour apaiser les mânes de son époux et lui dédier avant les noces des sacrifices funéraires, elle immole de nombreuses victimes et, ayant pris un glaive, elle monte sur le bûcher, et, regardant le peuple d'en haut, elle dit qu'elle allait vers son époux, comme ils l'avaient ordonné, et mit fin à sa vie avec un glaive. 8
Aussi longtemps que Carthage resta invaincue, elle fut honorée comme une déesse.

Cette ville fut fondée soixante-douze ans avant Rome et, de même que sa valeur s'illustra à la guerre, de même son gouvernement fut agité à l'intérieur par les atteintes variées des dissensions.  Alors qu'entre autres maux, ils étaient même travaillés par la peste, ils usèrent en guise de remède de cérémonies religieuses sanglantes et de crimes, puisqu'ils immolaient des hommes comme victimes et amenaient aux autels des enfants impubères, d'un âge qui provoque la pitié, même des ennemis, demandant la paix des dieux en versant le sang de ceux pour la vie desquels les dieux sont d'habitude le plus suppliés.


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athéna 15/02/2009 10:39

Il serait fort intéressant que vous cherchiez , pour vos exposés, du côté de Justin pour de plus amples informations passionnantes sur Didon !